GR-198 AMICALE LATTOISE DES ANCIENS DE LA DEFENSE

Hommage à Jacques Chevallier.

 

1921 – 1953, 33 années de préparation à l’acte héroïque le plus grand.

 

Jacques Chevallier est né près d’Auxerre, à Saints, le 17 mars 1921, d’un père souvent absent car militaire. Dès 9 ans il rejoint les Prytanées militaires d’Épinal, Autun et enfin La Flèche. Reçu, en juin 1941, quatorzième sur 300, au concours de Saint-Cyr, il continue à connaître une vie très spartiate à la caserne Miollis d’Aix-en-Provence, lieu de repli de l’école. La promotion reçoit le 1er août 1942 le nom de baptême « Charles de Foucauld », mais, conséquence de l’invasion de la Zone Sud, l’école est fermée le 5 décembre de la même année. À la suite de cette dissolution, environ 260 élèves continuent des études en faculté ou en grandes écoles, les uns complètement démissionnaires et d’autres attentistes, voire pro Vichy. Quelques-uns, comme Jacques Chevallier, rejoignent la Résistance. C’est ainsi qu’il participera à l’attaque de la poche de Royan, fin 44, début 45.

 

 À 21 ans, Jacques a fait de choix de l’honneur.

Il termine la guerre en Allemagne, puis revient en France.

Jacques et Germaine de Veye se marient en mai 1946. Ils auront 4 enfants : Michel, Chantal, Bénédicte et Colette.

Le Lieutenant Chevallier effectue un premier séjours en Indochine de 1948 à 1950. Quelques semaines en État-Major à Saïgon avant d’aller, affecté au 22e RIC, dans le secteur de Bien Hoa à une quarantaine de kilomètres de Saïgon, puis d’y prendre le commandement du poste de Long Thanh. Plusieurs accrochages marqueront cette période. Le 28 novembre 1949 il apprend la mort de son frère cadet, Jean Baptiste, ancien lui aussi du Prytanée, tué à mi-parcours de la route Saïgon – Dalat.

De retour en Métropole, il sert dans l’Est, au 151e Régiment d’Infanterie, puis à Saint-Maixent, instructeur des Élèves Officiers de Réserve.

En 1952 il rejoint la 13e Demi-brigade de Légion étrangère à Sidi-Bel-Abbès.

De nouveau en Indochine, il arrive à Diên Biên Phu le 16 février 1953 pour remplacer, à la tête de la 4e Compagnie, le Capitaine Le Sahut, sérieusement blessé la veille.

Du 17 février au 26 mars 1954, dernier départ du courrier, Jacques écrit régulièrement à son épouse, Germaine. Le 17 mars, il écrit du point d’appui Claudine « nous sommes au quatrième jour de la plus forte bataille de la guerre d’Indochine. Comme joyeux anniversaire de mes trente-trois ans, je suis sacrément servi ».

S’imagine-t-il que dans à peine plus d’un mois, il sera tué ?

La suite est racontée dans le livre d’Erwan Bergot « La Légion au combat ».

Le 18 avril, le frère de son épouse, le Capitaine de Veye, est obligé de le désigner pour relever une compagnie à bout sur Huguette 1. La 4e Compagnie ne compte plus que 94 Légionnaires. Mission sans espoir de survie.

Partis d’Eliane à 21 heures, ils atteignent Huguette 1 seulement le lendemain matin à 10 heures. « Il ne reste que 60 Légionnaires, prêts pour un nouveau Camerone »

Le lendemain, 20 avril, Chevallier annonce à la radio avoir consommé plus de la moitié de ses munitions.

Le 21, la compagnie reprend un peu de terrain par une attaque à l’arme blanche.

Le 22, prolongeant l’action de l’artillerie, la compagnie anéantit l’ennemi au contact.

Mais il ne reste qu’une poignée de Légionnaires autour du Capitaine Jacques Chevallier, alors qu’en face, bien que décimés eux aussi, Giap a engagé 3 bataillons.

Le 23 avril à 23 heures la radio cesse d’émettre.

La suite est racontée par le seul survivant, le Légionnaire Joseph Unterleschner, « la dernière image fut celle de son capitaine, debout sur le toit de son PC, englouti sous un amas d’uniformes noirs, comme un commandant de navire sombrant en haute mer ».

 

Le fanion déposé là en début de cérémonie est la copie de l’original déposé à Aubagne. Ce dernier fut subtilisé aux Viets par un Légionnaire blessé qui le cacha sous ses pansements avant d’être évacué fin mai 54.